Paolo Verzone

CONFRATERNITÉS

Les photographies de cette série de portraits individuels ont été réalisées à l’occasion des célébrations de la Saint-Vincent en Champagne en janvier 2016 par Paolo Verzone.

  • Boîte écrin en papier rembordé
  • Couvercle aimanté embossé
  • 215 x 275 x 32 mm
  • 15 tirages fine art, format 18 x 24 cm
  • Certificat d’authenticité signé et numéroté par l’artiste
  • Edition limitée à 300 exemplaires

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400,00 €

Il est 14 heures, place de l’hôtel de ville et le froid des septentrions viticoles ne m’a pas encore tout à fait atteinte. Tambours et trompettes se font la voix, tandis que bâtons et bannières déambulent à la recherche des membres de leurs confréries. Le départ est imminent, mais l’éparpillement est à son comble. Le public se mêle aux costumes du défilé, des personnes s’invectivent gaiement. Puis, c’est l’appel : d’une voix claire et juste le photographe attitré demande au public de faire place nette et rapidement le cortège, discipliné par des années d’habitude, s’organise et prend la pose avant le départ. En habit bleu, tablier blanc, casquette vissée, un vigneron enjoué m’apostrophe : Tu prends des notes pour la cérémonie ? Mais les fanfares entraînent déjà la marche

Sous les roulements de tambour, la déambulation est d’abord tranquille et le froid vite oublié. Au sein du cortège, les amis d’une vie se sont réunis et d’autres se retrouvent qui s’étaient quittés à la dernière Saint-Vincent et envisagent déjà de se retrouver à la prochaine. Les saluts de mains et les sourires s’adressent au public : Pour vous réchauffer ! La convivialité et le partage rendent la procession festive et joyeuse. Nous arrivons devant le fronton de la cathédrale. Le vent est toujours plus enthousiaste sur les parvis d’églises, mes doigts sont engourdis et la prise de notes devient périlleuse. Bien heureuse d’avoir activé le dictaphone, je le laisse enregistrer mes moindres pas. Je m’approche attirée par un chant féminin mais il est assourdi par les trompettes, je ne le distingue qu’à peine : … donnera le fruit demain ; vignerons de champagne. Paolo, le photographe, devenu « statue de glace », immortalise l’arrivée du cortège au pied de la cathédrale. Depuis la haie d’honneur formée par le public, je vois s’égrener les pancartes bleues et blanches des villages viticoles puis les bannières bordeaux de Maisons. Toute la Champagne se reconnaît, s’unit.

L’entrée dans l’enceinte sacrée se fait, lente et calme, sous l’Harmonie des Tonneliers qui donne le ton. Les bâtons des confréries forment un auditoire étrange. Dans les allées latérales, le parterre est jonché de tonneaux de vin nouveau et de brioches, décorés et fleuris. C’est le temps du recueillement. L’évêque annonce sa fierté de pouvoir ici, en sa cathédrale archi-comble, célébrer Saint-Vincent, et en appelle à sa bienveillance envers les vignerons et les amis chers, trop vite disparus. L’entrée dans la prière est encouragée par les chants de la chorale qui invitent, au plus profond de soi-même, à y chercher le meilleur. Les enfants sont là, à peine plus dissipés, saisis par la solennité de l’instant.

Je sors, non sans poser un dernier regard sur un cordon tenu par des jeunes revêtus du tablier noir « Avize Viticampus », le principal centre de formation de la viticulture champenoise. Les fanfares s’échauffent ou plutôt tentent de ne pas se refroidir… 1, 2, 3 ! La marche reprend, accélérée, la lumière décline, direction l’hôtel de ville. Le vin d’honneur et la brioche attendent d’être servis aux convives. Dans la grande salle, les habits et les capes traditionnels ont cédé la place aux toilettes et costumes plus conventionnels. Les bannières et bâtons sont posés en lieux sûrs. L’heure est désormais à l’écoute des discours officiels, à l’actualité de la Champagne, aux médailles de la Corporation des vignerons. L’assemblée entame une nouvelle année sous la bienveillance du saint patron des vignerons. Heureux de raviver la tradition ancestrale, chacun retrouve ici ses racines, son identité et la fierté d’être Champenois. Tandis que là-bas, des confins de l’Aube aux coteaux de la Montagne et aux méandres de laMarne, le coeur du vignoble bat dans mes frimas.

Aurélie Melin, Ethnographe du monde vigneron.


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